Les echos du bowl

SHARK ATTACK à la REUNION: L'analyse de SEB

La communauté SURF est en émoi depuis déjà trois mois car il y a une recrudescence d'attaques de requins sur l'ile de la REUNION, avec déjà 3 morts et deux mutilés en l'espace d'un an, il y a de quoi se poser des questions. Les articles fusent de toutes parts entre ceux qui crient vengeance et sont pour le retablissement de la pêche aux requins, ceux qui traitent les surfeurs de débiles, ceux qui manifestent devant les locaux du Parc..en gros l'émotion est plus que vive et en tant que surfeurs vivant en GUADELOUPE où il n'y a jamais eu d'attaques de requins (il y en a pourtant des balaizes qui croisent pas loin: Tigres, Marteaux,Mako) et où aussi l'on a des réserves naturelles bordant nos spots (Petite terre, le grand cul de sac, l'ilet de Pigeon), une ferme aquacole (à Pointe-Noire) des eaux usés qui partent directement dans la mer, des spots prés de rivières (Bana, Batri)..Beaucoup de similitudes mais pas d'attaques, il y a de quoi se poser d'autres questions au sujet des attaques de LA REUNION.
 Voici donc l'analyse de SEB qui est un spécialiste de la mer, qui a vécu 4 ans à la REUNION est qui en plus est un surfeur. A LIRE!
 
Contexte
C'est vraiment délicat de débattre sereinement quand il y a mort d'homme par prédation de la faune sauvage. C'est encore plus le cas quand il s'agit d'animaux marins responsables de l'attaque... En effet personne ne s'exprime à un tel niveau de réponse lorsqu'il s'agit des arachnides, reptiles, pachydermes, félins, bovidés bref la liste est longue...

Certes stupeur, effroi et peur sont incontournables. Stupeur car tout  surfeur réunionnais a fréquenté ces 2 derniers spots. L'un pour planer sur une superbe gauche et l'autre avec une vague plus familiale ou petits grands et vieux se mélangent et se répartissent sur les 3 pics... Effroi car les 2 derniers surfeurs, dont l'un n'a pas survécu à ses blessures, font partie des personnes que l'on croise sur le pic, comme vous... Peur car on mesure pleinement la sensation d'être une proie potentielle, qu'on ne maîtrise rien, bref  « l'effet chicken ». 

Mais est ce pour autant, nous amoureux et passionnés de la mer comme jamais, devons  céder à la panique à en oublier les principes de la biodiversité et de ses équilibres ?  Sommes nous devenus des surfeurs si « nombrilistes » pour vouloir la mort  d'une catégorie d'espèces de la grande faune marine parce qu'elle présente un risque durant nos sessions ? Mais pour tous ceux qui veulent du changement pour n'être plus sous « l'effet chiken » à l'eau, rassurez-vous, il y a tout de même une bonne nouvelle : le processus d'éradication est en cours... Ce sont  près de 100 millions de requins qui sont pêchés chaque année. L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) tire la sonnette d'alarme pour 126 espèces de requins. Sonja Fordham, vice-présidente du groupe de spécialistes des requins de l’UICN et directrice politique de Shark Alliance. « La vulnérabilité et les longues migrations de la plupart des requins de haute mer exigent une coordination des plans de conservation internationaux. Notre rapport met en lumière une surpêche préoccupante de ces espèces, dans les eaux nationales comme internationales, imposant des mesures immédiates à l’échelle mondiale. » Certaines de ces espèces classées par l'UICN sont présentes en Guadeloupe, comme le requin mako, longimagne, tigre, marteau. Le mako par exemple a vu sa population perdre près de 80 % de leurs effectifs au cours des 10 dernières années à l'échelle mondiale. Et encore nous ignorons certainement beaucoup d'éléments car l'état des connaissances des requins reste à développer car ce groupe animal n'a guère préoccupé l'opinion  public sauf aujourd'hui... 

Que savons nous globalement sur les requins ? 
Les requins sont des espèces biologiquement sensibles, notamment les plus grandes espèces !!! Comme tous les grands prédateurs, les requins ont une espérance de vie très longue (exemple: estimation 40 à 60 ans pour le requin blanc). Cependant leur maturité sexuelle est tardive (20 ans chez certaines espèces). Le nombre de requineaux par portée reste faible selon l'espèce, d'un individu à quelques centaines selon les espèces. Mais c'est comme les tortues, très peu de jeunes atteignent le stade subadulte. La durée de la gestation est particulièrement longue (de 7 mois à 2 ans). Le nombre de portée est faible durant la vie d'une femelle. Une pêche excessive fait donc chuter très rapidement les populations, avec une faible chance de régénération du stock. C'est le grand malheur des espèces dites à stratégie de survie « longévive ». Les requins sont aussi une composante essentielle de la biodiversité marine. Il existe des centaines d'espèces de requins. Elles évoluent dans tous les océans et mers du globe. Les requins ont un rôle écologique fondamental pour le maintien de la biodiversité marine. En effet ils maintiennent les grands équilibres biologiques en consommant prioritairement les proies les plus faibles. Il joue aussi un rôle de régulateur en chassant des prédateurs intermédiaires (exemple: mérous) qui eux-mêmes se nourrissent de poissons herbivores (chirurgiens...). Une diminution du nombre de requins, fait proliférer les prédateurs intermédiaires qui consomment trop de poissons herbivores.  Ces derniers ne seront plus assez nombreux pour brouter les algues. Celles-ci vont alors se développer au détriment des coraux. Bref quand nous parlons d'équilibre de la biodiversité ici nous avons un exemple.

Les interrogations sur la multiplicité des attaques depuis 2 saisons ?
Première interrogation: la réserve marine de st gilles, 
La réserve est devenu l'objet de tous les regards. Elle est considérée aux yeux du grand public comme étant un lieu devenu attractif pour les requins. Ce n'est pas si sur et attendons de voir ! Plusieurs éléments sont à considérer. Le premier sur la question de l'habitat et l'âge du récif. La Réunion est une énorme montagne volcanique. Sa base est à 6000m sous le niveau de l'océan. A cela, il faut ajouter sa partie émergée qui culmine à 3000 m !!! Bref une BIG montagne de 9000m avec une base de 250km de diamètre et une grosse cheminée volcanique. C'est un peu une île de haute mer à effet DCP ! Cette configuration exceptionnelle attire naturellement la grande faune marine. D'ailleurs la migration des baleines à bosse croise ce DCP  durant leur déplacement  entre les régions de l'équateur et les zones australes. Cette situation géologique est plus attractif que la question de la qualité du récif corallien. En effet celui-ci paraît bien jeune pour pouvoir sédentariser des grands prédateurs. Son étendu est encore assez faible et sa capacité d'accueil reste très limitée pour les espèces qui sont en bout de la chaîne alimentaire. Le récif barrière a un faible linéaire et le récif frangeant partage sa place entre plage de sables et gros galets. Le récif a encore des millions d'années à évoluer avant d'égaliser la complexité des chaînes alimentaires comme celles des barrières indonésiennes, de Madagascar, des Maldives, des Seychelles, des Comores, etc... La réserve est  intéressante mais son intérêt majeur demeure essentiellement à l'établissement ou renouvellement des espèces coralliennes.  Il est probablement trop prématuré de considérer cette réserve comme un lieu de fixation des grands requins pélagiques car elle n' a pas encore les ressources naturelles suffisantes.
 
La deuxième interrogation : des requins locaux ou de passages ?
Tous les pêcheurs, apnéistes, plongeurs connaissent des zones à requin sur l'île . Nombreux sont ceux qui ont déjà vu des bouldogues bien paisibles au fond. Dès la série d'attaque de 2011 ces individus connus ont été immédiatement désignés comme les coupables (et sans présomption d'innocence!!!). Sous cette « fronde » populaire, l'état a décidé de mener une étude plus exhaustive sur les requins locaux. Un programme de marquage-balise des animaux a été initié afin de suivre le déplacement des animaux présumés coupables.  Le radio-trecking est mis en place sur une 20 animaux. De mémoire 18 bouldogues et 2 tigres de marqués. Les déplacements sont ainsi suivi 24h sur 24  et mètre par mètre. Qu'en ressort-il aujourd'hui ? Il faut encore du temps aux équipes pour tirer des conclusions. Mais face à la pression publique de ces dernières semaines quelques éléments de réponses ont été lâchés. Les requins équipés connus pour être « locaux », n'ont rien eu a voir avec les dernières attaques. Il commence a être établi que des requins du large viennent faire escapade et repartent. Donc des individus migrateurs en simple transit, certainement en appétit après de longues migrations et naturellement attirés par l'effet DCP de l'île. Les migrations...voilà certainement un des facteurs qui déclencherait les attaques sur l'île bourbon. Les requins locaux seraient à comportement territorial. Un requin territorialisé est un individu qui connaît chacune des kayes et proies de son territoire. S'il est territoriale c'est que son spot est bon pour lui. S'il c'était spécialisé sur l'homme, La Réunion serait une île ou baignade et surf serait impossible depuis des décennies...alors les amis du calme, les requins Réunionnais sirotent depuis toujours et rien, en l'état des connaissances, ne les accréditent d'être responsables des attaques actuelles. Malheureusement c'est eux à qui ont va faire la peau, les croqueurs de proies intermédiaires. 

La troisème interrogation : la Réunion une situation géographique exceptionnelle aux portes des mers australes?
La réunion est positionnée à la frontière de deux mondes marin. Celui où vivent des espèces tropicales/subtropicales et où l'on voit certaines espèces marines venant des mers du sud par de puissants courants et phénomène d'upwelling. En 2008, un éléphants des mers est venu sur les plages de Saint Josesph !!! Un sub adulte, qu'on avait appelé Alan. Il est resté là pendant des mois, il revenait régulièrement puis un jour plus rien.  Bref juste pour dire que les mers australes ne sont pas loin et que la réunion en est leurs voisines. Nombreuses sont les espèces marines migratrices à croiser la région Sud africaine et de Mada. Et certaines espèces transitent par la région des Mascareignes. Dès juin les baleines à bosse faisant cap vers les mers australes croisent les eaux réunionnaises. Si les cétacés utilisent cette voie migratrice c'est que probablement courants marins et disponibilités alimentaires permettent d'effectuer un tel voyage de plusieurs milliers de kilomètres accompagné de son baleineau, voir de se reposer avant la reprise du voyage ? Une migration c'est le déplacement d'une chaîne alimentaire. Dans certains coins du globe, c'est du délire sur-réaliste!!! Tout le monde a en tête les images de la planète bleue, non ? Donc voilà une migration c'est du monde... Il apparaît alors tout naturel que des grands requins croisent les eaux réunionnaises périodiquement. Mais dans une migration il y dans toutes les espèces des individus qui n'arriveront pas au bout et pour l'essentiel c'est par épuisement. Même chez les requins des individus fléchissent et peuvent arriver épuisés au large des eaux réunionnaises. C'est un peu l'effet naufragé  !!!. Mais alors pourquoi une telle recrudescence d'attaques? Pourquoi plus aujourd'hui de mémoire de surfeurs ? On peut imaginer différentes hypothèses. L'une sur le chemin migratoire par  lui même. Est ce que des phénomènes de courants ou climatiques, un truc du genre El nino, ferait que périodiquement la région des mascareignes serait un axe de transit plus fréquenté qu'à l'habitude? Une autre hypothèse aussi plus liée à la qualité du réseau trophique. Et si l'appauvrissement de la ressource océanique était à envisager ? Un grand prédateur océanique suit les migrations, c'est biologique même si parmi les migrateurs c'est plus l'El dorado du stock alimentaire. Bilan certains individus s'épuisent et pourraient aller chercher une ressource alimentaire ailleurs, en périphérie de sa voie de migration par exemple. On peut imaginer qu'un affaiblissement des équilibres biologiques a pour effet d'attirer les squales migrants diminués ou inexpérimentés ? Encore une autre hypothèse d'ordre plus biologique. La très grande majorité des attaques sont imputables aux requins bouldogues. N' Y aurait 'il qu'eux de fatigués durant une migration ? Cela ne  paraît pas sérieux. Si la raison était d'ordre plus reproductive ? Si il y existait, pour cette espèce précise, un site ou un territoire de reproduction en périphérie des Mascareignes ?  Mais bon...pour vérifier, valider, invalider toutes les hypothèses, il faudrait de forts moyens de recherche que seule la coopération internationale peut mettre en œuvre.

La quatrième interrogation : le bouldogue est un requin nuisible pour les peuplements des récifs ?
Le requin bouldogue est avant tout un charognard et comme tous les requins, il joue un un rôle écologique fondamental pour le maintien de la biodiversité marine.  Qualifier le requin bouldogue de nuisible? D'un point de vue naturaliste certainement pas... Il n'a pas été enregistré un coin de notre planète où le requin bouldogue a déssimé un récif de ses petits requins! Des observations d'un requin qui mange un autre requin n'ont rien de surprenantes. Si il existe réellement une diminution des petits requins du récif réunionnais, il faudrait analyser prioritairement des pistes de recherches plus en relation avec la qualité de l'habitat et de la pêche. 
Cette qualification de nuisible est plus du registre de la relation que nous avons avec les requins. 

La cinquième interrogation :les aspects plus anthropiques?
La réunion a lancé sa politique du tourisme balnéaire dans les années 80. Depuis une quinzaine d'années, il y a beaucoup de monde dans l'eau... Mais pourtant les nombres d'attaques n'étaient pas aussi élevés... Mais aujourd'hui certains ressentis s'accordent à dire que le surf réunionnais est  devenu une pratique intensive et qu'il a pris une nouvelle ère... Celle du surf urbain.  Le nombre de pratiquants, d'écoles de surf, de contests sont élevés. Comme partout où il y a des vagues, le surf a évolué et les passionnés n'ont pas diminués. L'addiction est même rendue plus forte et facile par windiguru and compagnie!!! Ce serait intéressant de comptabiliser le nombre de surfeurs en rotation journalièrement sur chaque spot de l'ouest. Je pense que la méthodologie de comptage serait peut-être plus précise que des comptages de pain de mousse vendu qui ne prennent pas en compte le nombre de sessions, donc la fréquence d'occupation des peaks! Le niveau surf au peak et son verrouillage sur certains endroits de l'île font que certains pratiquants  s'aventurent sur des crénaux horaires un peu limite vis à vis des squales. Le temps d'usage journalier d'un spot est du coup de l'aube jusqu'au crépuscule...Vous imaginez sur la côte ouest  de l'île le paquet de clans d'otaries que cela fait vu par un grand prédateur marin en escale sirotant enre St Gilles et St Pierre . Du bruit, çà bouge, çà crie , bref c'est déroutant pour un squale pélagique affaibli ou inexpérimenté. C'est certains il  devient curieux et malheureusement parfois il charge... Mais aussi n'aurait-on pas une réflexion à mener sur la présence très côtière de cages à poissons d'élevage à la périphérie immédiate des spots de surf dans l'ouest? Ca brasse du poisson et de l'alimentaire ce genre de production! Bref c'est très olphactif pour des prédateurs. Mais les derniers résultats de l'IrD ne concluent pas à la responsabilié de ces cages aquacoles comme leurre attractif. Mais du fait de la présence occasionnelle de requins dangereux autour de ce type de pisciculture, pourquoi par précaution n'envisage t'on pas des installations plus en haute mer? 

Conclusion
Si réellement il y une modification/déplacement épisodique du réseau trophique ou paramètre reproductif d'une espèce, avant de crier à la destruction des grands squales peut être devons nous nous poser la question de savoir si une certaine forme d'intensification d'usages ou pratiques des eaux réunionnaises sont compatibles dans ce petit carreau océanique du globe biologiquement riche?  Mais d'une manière générale dès qu'il s'agit de questions et d'intérêts d'ordres anthropiques nous soulevons la douloureuse réalité des lobbies et réalités économiques.   La seule issue est alors de protéger les plages et les spots par des dispositifs de protections. Mais là nous ouvrons un autre débat. La réussite de dispositifs de protection collectif n'est pas garantie et n'est pas  indemne de dégâts co-latéraux sur la faune marine en générale. De nombreux liens sur le net illustrent celà...

Certaines choses sont maintenant établies dans l'esprit de nombreux surfeurs réunionnais. Pour eux, il faut régler ce problème des attaques de requins et mieux considérer la position des usagers de la mer face à la question de la conservation de la biodiversité. Dans certains spots de l'île ce n'est plus une réflexion c'est un ultimatum lancé aux pouvoirs publics. Des équipes de chercheurs sont au travail à La Réunion. Cette dynamique réunionnaise est une première et elle a pour but de comprendre le monde des requins dans cette région du globe. Alors de grâce nous amoureux et passionnés de la mer comme jamais, ne torpillons rien, cessons les raccourcis, laissons pour une fois du temps au temps pour étudier les requins. Le problème est peut être plus global donc inutile d'attaquer ou de juger Pierre, Paul ou Jacque!!! Posons-nous les vrais questions. Seul cette attitude sera gage de réponse et peut être éviterons nous de rentrer encore en guerre déclarée contre Mother nature!!!
Seb, 




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 ROBINSON TAINOS GUADELOUPE

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