Les echos du bowl

BWA FLO , Karibean First RIDERs

Les magnifiques photos de Christophe nous rappellent que les Martiniquais surfaient bien avant que les 1ers riders ne débarquent thruster sous le bras à la recherche de spot vierge et cet excellent MARTINIQUE SURF PRO 2015 nous donnent l'occasion de présenter cette discipline traditionnelle :

Je reprend la plume de notre pote Nicolas LABAT dans son blog et le laisse nous présenter le BWA FLO made in Madinina :

"Le Bwa Flo est un tronc d’arbre coupé dans les hauteurs des Mornes (très grandes collines). Sa taille varie en fonction du gabarit de son utilisateur, environ 50 cm voir 1 mètre plus grand que ce dernier, et le diamètre mesure à peu près 40 cm. Lourd et légèrement spongieux, il est porté ou tiré jusqu’au village et mis à sécher pendant quelques semaines. Une fois sec, on choisit un avant et un arrière en fonction d’une courbure déjà existante, on en crée une au coutelas si nécessaire. L’avant est effilé pour fendre l’eau et le dessus de la bille est biseauté pour former un plat afin d’être plus stable. Enfin, une personnalisation peut y être apposée. Dès le 19ème siècle, le Bwa Flo, entendez par là « le bois servant à franchir les flots » était utilisé par les travailleurs des plantations et habitants des villages de Grand-Rivière et Basse-Pointe pour aller chercher et ramener les fûts de chêne, et divers matériels débarqués des navires ancrés au large. Toutes les marchandises flottantes étaient ainsi tirées jusqu’à la plage par les hommes allongés sur leur rondin !! En effet, la géographie du Nord Atlantique et la violence des vagues empêchaient la construction de ports conséquents et l’approche des navires tout près des côtes. Je vous laisse imaginer la condition physique des gaillards et le danger potentiel à l’approche du shore-break avec tous les tonneaux à la traîne !! Puis peu à peu le Bwa Flo est devenu un moyen individuel de franchir les vagues pour aller pêcher au large. Entre courage et habileté acrobatique, le pêcheur devient un vrai waterman. Son retour vers le rivage et dans les vagues devient l’objet de distraction quotidienne des enfants et le sujet de sacrés rigolades à chaque vague mal négociée !

Et comme l’enfant prend un malin plaisir à reproduire les faits et gestes des adultes sous une forme de jeu, ces derniers cherchaient à s’amuser dans les vagues et glisser dans les mousses jusque sur le sable au moyen de n’importe quelle bout de bois ou planche traînant dans les environs. N’est-ce pas une forme de « surfing » ? Qui plus est, le Bwa Flo devient une vraie épreuve sportive lors des fêtes patronales dans les années 50 et le ride sur la vague une vraie prouesse aux yeux des spectateurs, d’autant que beaucoup de pêcheurs savent à peine nager !

ertes le Bwa Flo est pratiqué allongé….Mais quelle ne fût pas la surprise des premiers surfeurs métropolitains arrivant dans ces villages en quête de vagues vierges !  « Nous étions stupéfaits, d’autres se servaient carrément de portes de frigos ! » me confient Antoine Claverie et François Delanne. Quant à la réflexion de l’ancien du village à ce sujet : « débrouya pa péché ! Z’orey té ka pran sé lanm la doubout mé lan mè mové, i ka féssé moun mèm manniè-a ! » (il n’y a pas de mal à essayer par n’importe quel moyen ! les blancs prenaient juste les vagues debout, mais la mer est plus forte et elle engloutit tout le monde de la même façon !). Finalement peu importe la technicité et le support, la finalité est la même. N’est-ce pas là un pur esprit surf ?

Les tchecks, marque de salut et de respect effectués en joignant poing contre poing, les verres de rhum et le poisson mariné accompagné de riz, de bananes jaunes et de haricots rouges sont les choses simples et vraies que les surfeurs locaux et blancs se partagent alors. Le z’orey  n’est donc pas arrivé en terrain conquis et comme partout le respect et le sourire s’imposent. Essayez donc de surfer une bille de bois, même allongés !

 Entre évolution et débrouillardise

Les échanges se construisant, le surf moderne s’impose par son approche plus aisée de la vague, ses trajectoires et sa maniabilité une fois debout. Les planches fracassées dans les blocs sont récupérées par les jeunes locaux et deviennent leur nouveau support de glisse. Le Bwa Flo commence à perdre de son intérêt pour la pratique de la glisse sur la vague. Les liens se tissent entre z’orey et locaux, ces derniers se perfectionnent en technique et s’affichent comme des chargeurs téméraires. Le thruster fait son apparition dans les 80’s et pas mal de z’orey cèdent leurs singles aux plus jeunes locaux. Mais le matériel manque toujours et les portes de frigos s’avèrent encore un moyen de rester dans le creux de la vague ! Pascal « Black’n » Billon, premier BE surf originaire de Basse-Pointe se rappelle :  « Moi, je n’avais pas d’argent pour m’acheter une planche fwè mwen, mais je voyais les vagues de chez moi et je voulais surfer, toute ma famille vivait de la pêche, certains de ma famille pratiquaient le Bwa Flo pour la pêche et lors des fêtes patronales et les plus âgés, Josué, Manuel, Théophile surfaient déjà et je voulais absolument faire pareil ! Alors j’ai fait du Bwa Flo mais j’utilisais surtout une porte de frigo ! Boug mwen bay la té rèd ! (mon pote, c’était chaud !) ». Black’n ne mesure peut-être pas la hauteur de ses efforts et ne s’en plaint pas mais un jour il eut une belle récompense : « un jour, je devais avoir 15 ou 16 ans, j’étais à la fenêtre et je voyais un gars surfer tout seul sur le spot, je ne le reconnaissais pas et d’ailleurs je ne pouvais pas le connaître car le gars fracassait le spot comme jamais j’avais vu faire ! Alors tout excité, j’ai pris ma board, couru jusqu’au bord de mer et me suis jeté à l’eau….nous étions deux, et le gars en question n’était autre que Tom Curren en personne ! (venu rendre visite à sa belle-famille Delanne/Brasset) Mon frère, ça c’est un souvenir que je vais garder toute ma vie ! ».

Tout l'article sur :https://labatsurfing.wordpress.com/2010/08/29/madinina-surf-trip-years-ago/

 

 

Toutes les photos de christophe sur : www.christophe-brachet.fr

ET pascal en action vu par Lionnel :

 

et via la vidéo de lattitude caraibes : 

  

Gzo

Retour

 creoletrip tainos guadeloupe tourisme

EVENEMENT

> all events