Les echos du bowl

AQUA NOSTRA by VINCENT CHRETIEN. Enorme!

Les temps sont durs pour le bizness, cette histoire de crise que l'on nous rabache à longueur de journée de partout est bien "effective" sur notre tite ile et il n'est pas aisé de tenir le cap de "l'indépendance de style" pour notre tite marque d'Happy wear...Happy c'est le terme pour décrire notre réaction quand on a lu la dernière chronique mensuelle de Vincent Chrétien dans le dernier PLANCHE MAG nous rendant un bel et touchant hommage nous prouvant par la même que l'on tient quand même le bon bout..HAPPINESS IZ THE FUTURE plus que jamais, faut y croire;;STAND FIRM and BOOYAK BABYLONE, this is the way...Merci Vincent, c'est le plus beau "cadeau" que l'on ai eu depuis longtemps! MAX DE LOVE FROM ZION, Yaaa man! Olivié

AQUA NOSTRA


“Babylone brûle, tous à vos fils et aiguilles !...”

Par Vincent Chrétien


L’industrie du surfwear se retrouve à poil. Chez Oxbow, Baptiste Caulongue, nommé directeur général en mai dernier, vient d’être licencié et un plan social prévoit 35 suppressions de postes, dont environ 25 départs contraints. Ce n’est guère mieux chez Quiksilver qui vient de prier Craig Stevenson, son numéro trois, de faire ses valises, mi février à Huttington Beach, siège mondial du groupe, et qui, dans la foulée, s’est délesté d’une grande partie de ses Teams surf et windsurf. Billabong et Rip Curl surnagent péniblement pour éviter la noyade, tandis que la marque franco-breitzh Kanabeach, un temps sponsor du Lacanau Pro, vient d’être mise en liquidation, sans parler de Rusty, Gotcha, Split et de quelques autres qui ont tout bonnement disparu des écrans radars ayant sombré corps et biens. 
La faute à la crise, me direz-vous, fatalistes et résignés. Bien sûr, la crise n’a rien arrangé. Mais le vrai problème, la cause qui fait que “cette industrie”, hier prospère et florissante, se soit ainsi ramassée un méchant tsunami pleine face dans les dents, est peut être à chercher ailleurs : Personnellement, cette histoire de “faillite collective” me rappelle dans les grandes largeurs une récitation dont je me souviens avoir ânonné péniblement les quelques vers devant madame Soulac, ma professeur de français d’alors dont - grand classique pré-pubère - j’étais éperdument amoureux (mes draps s’en souviennent). Son titre : “ La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf ”. Pour le reste, facile : Il suffit aujourd’hui d’un clic sur Google pour se retrouver téléporter 25 ans en arrière dans une salle de classe surchauffée devant 35 petits camarades hilares ; bref, ça faisait comme ça : 
“ Une grenouille vit un boeuf 
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse, en tout comme un oeuf (un surf ?, Ndlr.),
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille,
Pour égaler l'animal en grosseur.
Disant : " Regardez bien ma soeur;
Est-ce assez ? Dites-moi; n'y suis-je point encore ?
Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout.
M'y voilà ?
Vous n'en approchez point " 
La chétive pécore.
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages..."

C’était il y a longtemps : Et je ne suis pas tout à fait certain d’avoir saisi alors la subtile mise en garde de notre moraliste Jean de La Fontaine contre l’orgueil et la vanité : Ces marques de surfwear, crées de toutes pièces il y a une trentaine d’années à l’image de Oxbow par le sympathique couple formé alors par Isabelle Cachot et Fabrice Valérie (dont on se souvient de la créativité et de la ferveur), n’avaient au départ pour seul but que d’assurer à “leurs créateurs” un life-style paisible ; en gros, au plus près des plages, et au plus au large possible des traditionnelles conventions et obligations socio-économico-professionnelles. Nous étions en plein “DIY” (le Do It Yourself) prôné sans relâche lors de la décennie précédente par le mouvement Punk et avant eux par la Beat Génération et son incontournable chef de file Jack Kerouac. Bref, l’explosion du surfwear au début des années 80 fleurait bon la liberté, la toujours possible ré-invention de soi dans les marges “d’un système”, la relativité de la norme admise... Porter un short ou un pull Oxbow, c’était revendiquer une appartenance, c’était comme choper une guitare et se coller devant une glace en se prenant pour Mike Jagger ou Kurt Cobain ; c’était, en fin de compte, faire corps avec la Tribu...
Vous me direz que c’est là une vision, une lecture toute romantique, du possible pourquoi de cette faillite collective de “la branche textile des sports de glisse” et qu’il est certainement des raisons bien plus objectives et tristement économico-financières. Peut être : Mais quand j’apprends que c’est une certaine Laura Inman qui a effectué toute sa carrière chez Target, une des plus grosses chaînes de supermarché U.S., qui vient d’être nommé présidente exécutive de Billabong... Quand je constate que certaines de ces “grandes marques de surfwear” sont désormais “possédées” par de grands fonds d’investissement et côtées à Wall Street... Quand je découvre sur internet ou dans les magazines l’indigence de leurs slogans publicitaires sans souffle ni auto-dérision aucune, véhiculant toujours les mêmes clichés rebattus sur nos sports et très certainement pondus par des créatifs anémiés qui n’ont jamais pris une vague de leur vie... Et bien oui, je me dis, qu’il fut un temps où la floraison spontanée, chaotique et joyeuse de petites marques de fringues sur nos plages faisait autrement sens, et que rares sont ceux qui ont su rester fidèles à “l’esprit du truc”. Et mes pensées s’envolent ici très librement vers la Guadeloupe et vers l’ami Olivié Lafleur et son irréductible PETITE marque locale Taïnos : Je prends toujours un vrai plaisir à aller fureter sur son webzine pour parcourir ses billets d’humeur, ses coups de gueule, ses bouffées d’enthousiasme contagieuses et sourire de ses slogans foutraques et gentiment vindicatifs. Et, quitte à passer pour un adolescent attardé, avouons-le sans détour : Je prends toujours un plaisir fou, les jours un peu chagrins, à revêtir le tee-shirt noir et blanc qu’il m’a gentiment et spontanément offert il y a une dizaine d’années (alors qu’on se caillait les couilles à Bercy) barré d’un imposant, jubilatoire et punky : WATER RÉSISTANT. Babylone brûle, tous à vos fils et aiguilles, boyz & girls !...

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 ROBINSON TAINOS GUADELOUPE

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